L’indépen-dance : la növö pop qui laisse des traces
Depuis plus de quarante ans, Radio Pulsar accompagne la vie culturelle poitevine en défendant une programmation libre et indépendante. À travers l’émission L’Indépen-dance, François et Franck explorent chaque semaine les nouveautés musicales et les pépites issues des labels indépendants. Entre passion radiophonique et amour de la découverte, François revient sur son parcours, l’histoire de l’émission et la place de la musique indé aujourd’hui.
Si tu devais résumer tes influences musicales ?
Déja je suis plus Beatles que Rolling Stones. Un peu Beach Boys aussi. Une pop assez classique, on va dire.
En fait, j’avais une grande sœur avec neuf ans de plus que moi, et j’ai beaucoup écouté ce qu’elle écoutait. Ça m’a forgé la base musicale.
Le côté populaire me plaît bien, au sens accessible à tout le monde, mais avec un vrai travail mélodique. Je ne suis fermé à rien, mais dès qu’il y a certains ingrédients qui m’intéressent, ça peut tout à fait entrer dans l’émission.
Peux tu présenter l’Indépen-dance ?
L’émission est scindée en deux parties. J’ai une première demi-heure consacrée aux nouveautés qui m’ont marqué dans la semaine. Il y a aussi un album en focus, diffusé trois fois, qu’on choisit alternativement Franck et moi.
Ensuite, Franck fait une heure complète. Lui est peut-être un peu plus rock que moi, parfois moins centré sur la mélodie, même s’il y est sensible aussi.
Puis je reprends la dernière demi-heure. Là, je diffuse souvent des choses envoyées par des artistes ou des contacts qu’on a développés au fil du temps : comme My Raining Stars ou encore Kim Giani, un musicien extrêmement prolifique qui sort des disques sous plusieurs noms.
J’aime bien diffuser ces découvertes, puis on enchaîne avec un focus sur un label indépendant, et on termine par les albums indispensables et le « petit tube » de la semaine.
Comment es-tu arrivé sur Radio Pulsar ?
J’ai commencé sur une autre station de Poitiers deux ans avant. C’était de l’animation FM locale assez classique, juste après l’ouverture des radios libres après 1981.
J’ai rejoint Radio Pulsar en 1984. La radio avait été créée en 1983 dans le lycée où j’avais passé mon bac. C’était un club radio, comme un club théâtre ou photo. Ensuite, la radio a grandi, quitté le lycée, puis les studios ont été installés à l’université de Poitiers en 2010.
Travailler en tant qu’animateur radio, c’est quelque chose que tu souhaitais faire depuis longtemps ?
Oui. J’ai toujours été passionné par la radio. Quand j’étais enfant, je m’endormais avec un poste sous l’oreiller. J’écoutais notamment José Artur et le Pop Club sur France Inter.
Le média m’a toujours fasciné. À l’époque, il y avait l’écrit, la télé et la radio, et c’est la radio qui me passionnait le plus. Quand j’ai enfin pu prendre le micro et faire découvrir la musique que j’aimais, ça a été une évidence.
Depuis tout petit, j’achetais des disques en pagaille. J’étais fan de tout ce qu’on pouvait écouter, que ce soit à la radio ou à la télévision, comme Les Enfants du Rock le samedi soir.
Comment l’émission a-t-elle évolué depuis sa création ?
L’émission, à la base, n’était pas du tout dans ce style-là. Quand je l’ai démarrée à 19 ans, en 1984, j’étais plutôt sur une tranche destinée à faire découvrir des choses qu’on n’entendait pas ailleurs. C’était un peu le leitmotiv, parce que ça me tenait à cœur, mais toujours en restant dans quelque chose sans trop de mièvrerie ni de choses trop dures. C’était un peu mon credo.
Mais c’était beaucoup plus mainstream que maintenant.
Petit à petit, j’écoutais aussi Bernard Lenoir, je lisais Les Inrockuptibles. C’était la grande époque, et je me suis rendu compte, progressivement, que dans les années 90 l’émission évoluait musicalement, avec des labels qui revenaient souvent.
D’ailleurs, à cette époque, j’avais fait un petit poster, un flyer avec plein de logos de labels. C’est là que l’émission a vraiment pris son identité indépendante. Il y avait cette notion d’« indépendant », mais aussi un petit jeu autour du mot « dance », pour le côté groovy, parce que j’aime aussi ce qui peut faire danser intelligemment.
C’est vraiment à ce moment-là que j’ai réalisé que tout tournait autour des labels. Je découvrais Creation, Rosebud, One Little Indian, et pas mal de petits labels français. C’était aussi l’époque où Virgin avait créé sa branche labels.
C’est là que j’ai compris que l’émission prenait une autre tournure.
Ensuite, avec l’explosion d’Internet, ça a tout changé. Ça a permis d’aller fouiner, de trouver des choses totalement inaccessibles auparavant. Avant, on se contentait des quelques disquaires disponibles — à Poitiers, on avait quand même de bonnes boutiques.
Internet a complètement ouvert les possibilités : aller chercher à la source les musiques que j’avais envie de diffuser et de faire découvrir au auditeurs. Ça s’est installé progressivement, mais il y a clairement eu un glissement entre 1984 et 1993. À partir de 1993, le focus s’est vraiment porté sur les labels indépendants et tout ce qui gravite autour.
Il y a également eu des intervenants, pas mal de personnes qui venaient faire des chroniques pendant l’émission. Il y avait quelqu’un qui faisait un atelier mémoire autour de choses beaucoup plus anciennes, parfois assez décalées. On avait aussi un disquaire de Poitiers, Lionel, de la boutique Transat, qui venait présenter des disques. Le Confort Moderne (c’est la grande salle indépendante de concerts à Poitiers) venait également parler de son actualité. Mais c’était assez contraignant à organiser, alors on a fini par arrêter.
Aujourd’hui, on a trouvé une vitesse de croisière qui nous permet de nous faire plaisir. Et on espère aussi faire plaisir aux auditeurs, avec quelque chose de fluide, assez cool, qui laisse le temps de découvrir des choses qu’on n’entend pas ailleurs.

Peux-tu nous parler de Radio Pulsar, quelles sont les particularités d’une radio associative ?
À la base, c’était un club de lycée. Elle s’est structurée quand il y a eu les différentes catégories de radios. Elle est restée en radio de type 1, donc radio associative. Cela signifie qu’elle bénéficie du Fonds de soutien à l’expression radiophonique, même si celui-ci est de plus en plus fragilisé par les politiques culturelles successives.
Mais ça reste une radio locale, ouverte, solidaire, très ancrée dans son époque et qui, malgré ses quarante ans, suit vraiment bien l’air du temps.
Au niveau commercial, évidemment, ce n’est pas la même chose qu’une radio commerciale : on n’a pas de publicité, ou alors très peu, très ciblée.
J’ai été président de l’association pendant un certain temps. J’ai arrêté il y a quelques années. J’avais pris la présidence à une période où la radio n’allait pas très bien financièrement, après une grosse fête organisée pour les 30 ans, en 2013.
On avait monté un énorme événement sur la place centrale de Poitiers pour les 30 ans de la radio, et ça nous a coûté très cher. On m’a appelé ensuite pour remettre les finances à flot. Ça n’a pas été simple.
Il faut dire que c’était un peu démesuré par rapport à nos moyens, il y avait Malik Djoudi, Fakear et Etienne de Crécy.
Mais c’était formidable. Il y avait environ 6 000 personnes sur la place principale de Poitiers. Ça a été un coup de projecteur fantastique pour la radio. Le centre-ville était plein à craquer. Pour une ville moyenne comme Poitiers, ça avait fait énormément de bruit.
Donc, les différences entre radio associative et radio commerciale existent à plusieurs niveaux : financier bien sûr, mais aussi technique. On a un son tout à fait correct, mais on ne change pas le matériel tous les jours.
Il y a quatre salariés dans la radio : une directrice, une journaliste, un responsable technique qui est aussi responsable d’antenne, et une chargée de communication.
Beaucoup d’émissions du matin sont réalisées avec les étudiants de la faculté. Nous sommes installés à l’université de Poitiers et faisons partie du réseau Radio Campus. Cela apporte chaque année de nouvelles voix. Cela fait partie du cahier des charges : il y a une vraie mission éducative.
Une multitude de personnes sont passées par Pulsar en quarante ans. Certaines sont devenues connues, d’autres moins, mais beaucoup ont commencé ici. C’était vraiment un laboratoire.

On parlait de Bernard Lenoir tout à l’heure : est-ce que c’est un modèle ?
Ce n’est pas vraiment un modèle, même si j’aimais beaucoup ce qu’il faisait. Parfois, certaines choses m’agaçaient. Je me souviens de la première diffusion du single Regret de New Order en 1993. Il l’avait présenté d’une manière assez critique, et ça m’avait marqué. Je trouvais sa programmation très fine, mais parfois un peu cassante, notamment quand des groupes plus mythiques prenaient une direction plus accessible ou plus mainstream.
A l’époque où on ne diffusait pas encore sur Internet, la fréquence de Radio Pulsar à Poitiers était 95,9, et celle de France Inter était juste à côté. Beaucoup de gens confondaient : ils pensaient écouter Bernard Lenoir alors que c’était notre émission ! D’autant qu’on me disait parfois qu’on avait des intonations similaires. Ça me faisait beaucoup rire.
Comment vous choisissez les morceaux et les artistes qui passent dans l’émission ?
Moi, j’ai quelques sites, quelques blogs, et puis le listing de tout ce qui sort que je récupère. Ensuite, je fais un peu mon marché comme ça.
Bandcamp est assez fabuleux aussi pour ça, parce que tu peux t’abonner, te positionner, puis regarder ce que les gens avec qui tu es en lien achètent eux aussi. C’est super pour fouiller dans les labels.
L’autre jour, par exemple, j’ai découvert le single du chanteur de Paradis, Simon Mény, que j’aime beaucoup. Pour une fois, l’algorithme a bien fait son boulot.
Sinon, on fouine, on cherche. C’est un peu comme avant quand on allait chez un disquaire : tu fouillais dans les bacs, tu faisais ta petite pile et tu allais écouter ton tas de vinyles. Là, c’est pareil, mais de façon numérique. Ça prend du temps, mais ce n’est pas désagréable.
Vous avez déjà fait venir des artistes en live dans l’émission ?
Oui, pour les 40 ans de la radio on avait fait venir Tahiti 80, Olivier Rocabois, Alex Rossi, Double Françoise et Fandor. L’émission était réalisée en direct depuis une salle de concert de Poitiers.
Les artistes se sont succédé tout au long de l’émission, jouant en live à la fois pour le public et pour la radio. On a terminé avec un concert de Tahiti 80. C’était gratuit pour tout le monde, vraiment un événement exceptionnel, ce n’est pas quelque chose qu’on fait régulièrement.
Sinon, dans l’émission, il arrive que des amis ou des artistes locaux passent de temps en temps.
A l’heure du streaming, des réseaux sociaux, quelle est la place de la musique indé ?
On disait déjà que l’arrivée d’Internet allait tout bouleverser, puis que les plateformes de streaming seraient catastrophiques… Ce n’est pas que négatif, mais ce n’est pas entièrement positif non plus pour les artistes.
Je ne sais pas vraiment vers quoi on va. J’attends de voir. Je reste curieux de ce que demain nous réserve. Mais tant qu’il y a une mélodie qui m’accroche, je diffuserai avec plaisir.
Y a-t-il, pour toi, un âge d’or de la musique indépendante ?
En 1991 est sorti Loveless de My bloody Valentine, Screamadelica de Primal Scream et Bandwagonesque de Teenage Fanclub. Pour moi, c’est vraiment à ce moment-là que la scène indépendante a explosé.
Est-ce que tu as des anecdotes, des faits marquants depuis que tu es à l’antenne ?
Oui… Une me revient.
C’était au moment où on a commencé à pouvoir écouter la radio sur téléphone portable via le streaming. On a lancé l’écoute en direct… pendant qu’on était à l’antenne.
On s’est rendu compte qu’il y avait environ vingt secondes de décalage. J’entendais dans le téléphone ce que j’avais dit vingt secondes plus tôt. Ça créait une sorte de boucle sonore complètement étrange.
On a fini l’émission comme ça. On aurait dit une expérience sonore expérimentale. C’était assez drôle, et ça nous a surtout fait comprendre que l’écoute via Internet arrive toujours avec un décalage par rapport au direct.
Mais le souvenir le plus marquant reste l’émission en public pour les 40 ans. Faire de la radio en direct sur scène, avec un public, c’est assez grisant. J’étais un peu stressé parce que je devais aussi gérer la technique, mais c’était un très bon souvenir.
Merci à François de nous avoir accordé cette interview.
L’indépen-dance – Radio Pulsar
